Si elle est partout, dans les discours politiques, les stratégies d’entreprise, les attentes des consommateurs, l’écologie peine à s’imposer comme une priorité durable.
En cause : un recul réglementaire et une approche « couloir vert » trop cloisonnée du sujet, pas assez connectée aux enjeux économiques, sociaux ou territoriaux. Sans oublier le contexte de tension économique et géopolitique qui rebat les priorités sur fond de marginalisation des faits scientifiques.
Cependant, poursuivre le mouvement de transition des entreprises est vital et un changement de logiciel s’impose : il ne s’agit plus d’être pour ou contre la protection de l’environnement mais de réfléchir à comment l’intégrer de manière plus systémique dans les modèles opérationnels des entreprises.
En bref, comment en faire une partie prenante d’un projet pérenne de création de valeur.
« Vers un pivot majoritaire de l’écologie »
Selon l’IDDRI, l’essoufflement actuel est lié à la phase de sensibilisation et de mobilisation des dernières décennies, portée très fortement par un petit groupe, qui a mené la question écologique à bien s’installer et avoir des effets sur le terrain.
Cette première phase d’approche a mis l’accent sur la responsabilité individuelle et la moralisation des pratiques durables (achat de produits bio, par exemple). Elle a souffert d’un effet repoussoir dans la mesure où elle s’est cristallisée autour de minorités et de pratiques pas nécessairement rendues accessibles. Aujourd’hui, nous entrons dans une deuxième phase où la question écologique doit être abordée en lien avec les sujets économiques et sociaux et intégrée de manière systémique sur le terrain de l’entreprise.
4 leviers pour favoriser l’intégration systémique :
- 1er levier : le leadership et le pluralisme des incarnations
Uneincarnation par des profils très différents au sein des entreprises contribue à crédibiliser le sujet.
Chez EDF, l’impact fait partie d’une direction très large qui regroupe la performance, l’investissement et la finance. De ce fait, les sujets d’impact sont véritablement liés aux décisions d’investissements. Cela conduit à un dialogue avec les acteurs qui déploient les projets d’investissements.
Chez Bouygues Immobilier, la culture d’entreprise est très forte sur les sujets d’environnement : l’ensemble des collaborateurs a été formé, avec des parcours spécifiques sur le carbone, la biodiversité, l’eau… - 2e levier : le pilotage de la performance
Il consiste à développer progressivement une « comptabilité environnementale » en intégrant des indicateurs extra financiers dans le système de remontée de données et de reporting.
Chez Bouygues Immobilier, l’alignement des opérations est mesuré sur 17 critères environnementaux très précis, avec un système de remontées de données calqué sur le rythme d’activité de l’entreprise.
Chez EDF, les projets d’investissement sont passés au crible de stress tests à l’aune de leur cohérence avec la raison d’être.
Les projets doivent répondre à la fois aux objectifs de performance et aux critères RSE. - 3e levier : les offres produits
La transition écologique ouvre des marchés porteurs.
Bouygues développe des offres autour de la régénération de territoires qui sont pollués (renaturation, rafraîchissement, filtration de l’eau…) et Cœur de vie : des logements économes en ressources et en énergie.
EDF est très actif sur la mobilité électrique − le transport représente plus de 30 % des émissions de CO2 − dans le bâtiment et développe des contrats commerciaux très importants avec des industriels électro-intensifs afin qu’ils restent en France et en Europe. La transition énergétique est aussi un enjeu de souveraineté. - 4e levier : le capital humain et la gouvernance
Le capital humain est un enjeu essentiel. EDF doit recruter 100 000 personnes dans les 10 prochaines années. Le manque de compétences dans beaucoup de métiers, en particulier dans les métiers techniques, est criant d’autant que les entreprises recherchent toutes les mêmes compétences sur les sujets liés à la transition.
Chez Bouygues, l’approche par coalition a été développée notamment sur l’économie circulaire, à travers la plateforme Cyneo qui facilite le réemploi des matériaux de construction en s’associant avec différents acteurs du secteur et des promoteurs immobiliers.
En conclusion
Traiter le sujet de la transition environnementale comme un enjeu isolé mène à sa marginalisation (« couloir vert »), alors que l’intégrer au sein du moteur de l’entreprise permet de développer des offres, de piloter sa performance, d’anticiper les risques, de s’adapter aux changements, de mobiliser les collaborateurs et in fine, de créer de la valeur de manière durable.
La soutenabilité doit plus que jamais intégrer le modèle opérationnel et économique de l’entreprise : voyez-la dorénavant comme un investissement stratégique qui renforce sa résilience et prépare son avenir.
Nous vous invitons à vous pencher sur le modèle d’entreprise à mission, créé en 2019 par la loi Pacte et répliqué à l’échelle européenne, qui permet de rapprocher le financier et l’extra-financier.
Avec les témoignages de :
- Carine de Boissezon, Chief Impact Officer, EDF
- Olivia Conil Lacoste, Directrice Développement Durable et RSE, Bouygues Immobilier
- Mathieu Saujot, Directeur Modes de vie en transition, IDDRI
Cet article est la synthèse du 2è webinaire de la série organisée en décembre 2025 en parallèle de la COP 30. Ci-dessous le webinaire en podcast et en replay :