Kéa x COP30 : L’entreprise, acteur de la cohésion sociale

Auteurs :

Jérôme Julia

Senior Partner

Alice de Puybusque

Directrice

Les fractures sociales sont aujourd’hui béantes, si l’on en croit la dernière étude annuelle de la Fondation Jean Jaurès, Sciences Po et Ipsos. Jérôme Fourquet, géographe et analyste politique, parle d’archipelisation de la société avec des îlots où chacun vit dans des cercles exclusifs. La sociologue Sandra Hoibian parle d’une société en mosaïque où les débats passionnés s’enchaînent, lieux de réactions plus que de dialogue. Dans ce contexte, l’entreprise devient-elle un acteur central de la cohésion sociale, à un moment où d’autres institutions se retirent ?

L’entreprise ne peut plus considérer la cohésion sociale comme un sujet périphérique :

  • Chez Transdev, l’impact sociétal est indissociable de l’activité : la mobilité est un facteur d’accès à l’emploi, aux services publics et à l’autonomie. De fait, Transdev porte une attention particulière aux problématiques de sécurité qui fragilisent le lien social, forme ses équipes et travaille quotidiennement avec les forces de l’ordre.
  • Orange, avec 130 000 personnes dans le monde et 60 000 en France, reflète la société française dans toute sa diversité et voit grandir la fracture numérique. Former pour réduire les fractures entre salariés, être vigilant sur l’utilisation de l’IA et ses impacts sur l’emploi des jeunes, développer la connectivité sur le territoire sont des enjeux forts en termes de cohésion sociale.

Comment les entreprises jouent-elles ce rôle ?

Orange, qui opère dans un univers qui évolue extrêmement vite avec une forte ancienneté parmi ses salariés, a déployé des programmes massifs de formation à l’IA pour en faire un facteur de cohésion au travers du partage d’outils et de règles communes (cybersécurité, éthique des affaires, …).

Transdev, entreprise de services très décentralisée, travaille à la fois à la cohérence globale et l’autonomie locale : en développant une culture commune, une vision partagée, des règles transversales, mais aussi la co-construction des solutions et l’adaptation aux besoins territoriaux.

Quelles sont les limites de l’entreprise ?

La force de l’entreprise est de donner un cadre commun, avec des valeurs partagées. Mais beaucoup d’actions  se jouent dans la banalité du quotidien, dans des cercles d’individus qui se connaissent car ils travaillent ensemble. Les équipes doivent apprendre à se connaître pour collaborer, à apprivoiser leurs différences culturelles. L’entreprise peut créer des espaces de discussion mais pas devenir le lieu de tous les échanges, les sujets politiques par exemple étant difficiles à aborder dans certains pays.

Les actions en faveur de la cohésion sociale doivent s’inscrire dans une cohérence globale, qui se traduit par :

  • un alignement entre l’activité de l’entreprise et les actions sociétales ;
  • la cohérence dans la durée, pour éviter le social washing ;
  • une volonté forte de la Direction générale et l’incarnation par les dirigeants ;
  • la proximité avec les besoins réels des territoires ;
  • des dispositifs concrets (accompagnement numérique, sécurité, formation) plutôt que des engagements déconnectés de l’opérationnel.

En conclusion

L’entreprise apparaît comme un espace de cohésion moderne : lieu où se rencontrent différences sociales, compétences et trajectoires.
Dans un pays traversé par la défiance, elle peut redevenir un point d’ancrage, à condition de rester lucide sur ses limites, fidèle à sa mission, cohérente dans ses actions et attentive aux vulnérabilités nouvelles — notamment celles créées par le numérique et l’IA.

Avec les éclairages de :

  • Caroline Gonin, Directrice des Ressources Humaines et RSE, Transdev
  • Vincent Lecerf, Directeur Exécutif en charge des Ressources Humaines, Orange

Cet article est la synthèse du 3è webinaire de la série organisée en décembre 2025 en parallèle de la COP 30. Ci-dessous le webinaire en podcast et en replay :

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