Kéa x COP30 : Être responsable, luxe ou impératif dans le contexte géopolitique actuel ?

Auteur :

Thibaut Cournarie

Senior Partner

Synthèse du 1er webinaire de la série organisée en décembre 2025 en parallèle de la COP 30.

Être responsable, luxe ou impératif dans le contexte géopolitique actuel ?

Cette inaugurale ouvre le cycle de webinaires « Kéa x COP30 » sur un constat inquiétant : un backlash écologique et social est en cours, alimenté par la géopolitique mondiale et une crise de confiance sans précédent. Trois signaux forts : l’absence remarquée des États-Unis à la COP 30, qui a entraîné celle de plusieurs autres pays ; la faiblesse des investissements verts européens (500 milliards d’euros, soit seulement 60 % de l’objectif annuel) ; et un pessimisme social profond, puisque seul un Français sur trois estime encore que l’avenir du pays offre des opportunités. Malgré les tensions géopolitiques, économiques et sociales, les entreprises doivent continuer de produire, employer, créer.

Vivons-nous aujourd’hui un véritable backlash ?

S’il y a un fort backlash politique (absence des États-Unis de la COP30, revirements réglementaires), celui observé dans l’opinion publique et dans les entreprises est moins net. La transition reste soutenue par une très grande majorité de l’opinion, mais il y a un rejet du discours écologique. Perçu comme culpabilisant et prescriptif, il génère lassitude, inquiétude et sentiment d’injustice. Dans l’opinion, la question climatique reste une véritable source de préoccupation, en témoignent la mobilisation contre la loi Duplomb ou l’augmentation du financement de la rénovation énergétique des logements. Côté entreprises, les demandes de financement de la transition perdurent même si nombre d’entreprises considèrent que la pression réglementaire ne soutient pas leur activité.

L’enjeu aujourd’hui est de démontrer que la transition peut être un facteur de souveraineté et de compétitivité. Car il n’y aura pas de retour à la normale en termes de climat, mais une nouvelle normalité qui va largement dépendre des décisions que nous prendrons au cours des prochaines années. Et pour qu’elles soient applicables à long terme, ces décisions doivent reposer sur un large consensus social. Une mesure durable est une mesure choisie.

Comment agir dans ce contexte ?

Intégrer les risques climatiques et sociaux dans les modèles opérationnels est devenu indispensable pour maintenir la viabilité de l’entreprise. Pour ce faire, il faut revenir au moteur de l’entreprise, c’est-à-dire à la création de valeur qui va lui permettre de retrouver une approche stratégique de son impact. Pour redonner aux entreprises le pouvoir d’agir, il faut réinscrire la performance dans ses dimensions économique, humaine et environnementale.

À la BPCE, on constate que seules les solutions sur mesure, ensuite portées à l’échelle, fonctionnent : les solutions locales font l’impact global. Les enjeux ESG doivent donc être appréciés à l’aune des business models, des secteurs d’activité et des tailles d’entreprises. Cette approche s’accompagne d’une sensibilisation massive pour rendre l’impact accessible à tous, ainsi que d’échanges et de coopération avec les acteurs sur le terrain pour mettre en place des solutions au niveau local et les transformer en actions structurantes au niveau national. Le maillage territorial de la BPCE favorise ce passage à l’échelle. Cette capacité d’essaimage illustre comment la responsabilité nourrit la compétitivité.

Il faut éviter le pessimisme systématique : le monde a toujours été très incertain, les scénarios catastrophe existent mais sont peu probables ; l’essentiel est de bâtir des raisons d’espérer. Dans le contexte actuel de contraintes budgétaires, il est difficile pour les Européens d’avancer à la fois sur le chemin de la transition écologique, en autonomie et en souveraineté. Et pourtant, en réduisant la dépendance aux énergies fossiles, la transition énergétique est un facteur de souveraineté européenne.

L’Europe a des atouts, surtout celui d’être un gigantesque marché dont les États-Unis ont besoin, au moins autant que nous avons besoin d’eux. Toute initiative lancée dans un pays peut être déployée à beaucoup plus grande échelle et potentiellement devenir un standard.

Enfin, pour maintenir l’engagement, il faut sortir d’un narratif anxiogène centré sur la culpabilité ou sur les sacrifices et diffuser un discours ancré dans le réel, relié aux enjeux de vie quotidienne et aux bénéfices économiques d’un modèle responsable.

En conclusion 

L’entreprise peut être à la fois responsable et puissante, à condition de mettre au centre une valeur plurielle – économique, humaine, environnementale – qui lui permet d’être performante dans la durée et résiliente dans un monde marqué par l’incertitude géopolitique persistante et les tensions climatiques.

  • Valérie Combes-Santonja, Directrice de l’impact et membre du Comité Exécutif, BPCE
  • François Gemenne, Politologue et spécialiste de la gouvernance du climat et des migrations, Professeur à HEC Paris
  • Bruno Tertrais, Politologue et Directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique

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