Skills-based organization : quand la gestion des compétences devient un enjeur majeur pour la Direction générale

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Auteur :

Antoine Amiel

Partner Kéa & Fondateur et Directeur Général de Learn Assembly

Révolution de l’IA, transition démographique, transition écologique, redéfinition des chaînes de valeur : les transformations qui bousculent le monde du travail s’enchaînent à un rythme inédit. Face à cette accélération, le modèle de gestion des carrières et des compétences, pensé pour une époque plus stable et prévisible, atteint ses limites. Trop figé pour proposer l’adaptabilité nécessaire à toute transformation ; trop lent pour le rythme accéléré des transformations.

Dans ce contexte, une question s’impose aux organisations : comment cartographier, animer et anticiper réellement les compétences nécessaires pour exécuter sa stratégie ? 

La skills-based organization (SBO), modèle organisationnel qui place les compétences au cœur de toutes les décisions RH, apparaît comme une réponse de plus en plus fréquente. Plus fine, plus adaptable, mais aussi plus insaisissable, elle devient un actif stratégique à identifier, développer et piloter en continu. Derrière la promesse de la SBO, c’est la promesse d’une entreprise plus agile et plus équitable qui se dessine.

12 entreprises du CAC40, comme Thalès ou Pernod Ricard disent avoir mis en place la SBO comme modèle de fonctionnement[1]. Dans cet article, extrait de notre livre blanc [2]sur le sujet, nous explorons : 

  • pourquoi la SBO devient un levier stratégique incontournable ;
  • comment la mettre en place concrètement et les écueils à éviter ;
  • quelle juste place donner aux outils dans cette transformation.   
Pourquoi la skills-based organization devient-elle incontournable face à l’accélération des transformations ?

La SBO est avant tout un levier de performance opérationnelle et économique. Elle permet de sécuriser l’exécution stratégique et opérationnelle en s’assurant que les compétences critiques sont bien présentes au bon endroit et au bon moment.

En parallèle, elle améliore l’expérience collaborateur et donc l’engagement. En reconnaissant les compétences, au-delà des intitulés de poste, elle ouvre des passerelles vers des trajectoires plus riches. Elle fluidifie les mobilités et permet de contourner les blocages managériaux ou culturels.

Par ailleurs, la SBO est un outil de transformation culturelle puissant. Microsoft en est une bonne illustration. Sous l’impulsion de son CEO Satya Nadella et dans un contexte de perte de parts de marché, l’entreprise est passée d’une culture du know-it-all à une culture du learn-it-all, en abandonnant les logiques de compétition interne et en valorisant le droit d’apprendre et de ne pas savoir. La SBO est intimement liée à la notion d’agilité d’apprentissage et de lifelong learning

Enfin, dans un environnement où l’IA redessine les métiers, la SBO offre une agilité inédite. Elle permet de redéployer rapidement les talents là où ils créent de la valeur, plutôt que de subir les recrutements externes ou les pénuries de compétences critiques.

Quatre conditions pour mettre en œuvre la skills-based organization

La première condition est d’avoir un cadrage stratégique clair. La question à poser n’est pas « comment moderniser notre SIRH[1] ? » mais « à quel problème business et métier la SBO doit-elle répondre ? ». Sécuriser des passerelles entre une activité déclinante et une activité en croissance? Accélérer une transformation industrielle ? Anticiper le départ massif à la retraite d’une génération d’experts ? Sans ambition formulée au plus haut niveau, la démarche bascule rapidement dans une logique administrative.

Une gouvernance co-construite est ensuite indispensable. Les compétences ne se décrètent pas depuis une direction des ressources humaines isolée ni depuis une direction métier sans vue d’ensemble. Elles se discutent avec les directions métiers et les opérationnels qui les mobilisent au quotidien. Thales l’a démontré avec son programme Learning Company : plus de 35 académies internes ont été structurées en lien direct avec les métiers techniques et les fonctions support et 2 000 formateurs et mentors internes incarnent la promesse Thales teaches Thales.

La simplicité dans le pilotage des référentiels de compétences est également une priorité. Il est nécessaire de repenser complètement le design et l’animation des référentiels de compétences, activités souvent perçues comme un processus RH lourd. La solution : les ancrer dans le travail réel. Trop de référentiels meurent dès leur publication parce qu’ils décrivent un travail théorique qui n’existe nulle part. Avant de cartographier, il faut observer les situations de travail, analyser les arbitrages concrets et identifier les compétences réellement mobilisées, y compris celles qui n’apparaissent dans aucune fiche de poste. Un référentiel doit vivre, évoluer et se nourrir des pratiques des collaborateurs.

Pour finir, impossible de faire l’impasse sur une infrastructure data de qualité. La compétence devient une donnée stratégique, au même titre qu’une donnée financière ou client. Elle doit être collectée, qualifiée et gouvernée avec la même rigueur. C’est cette infrastructure qui permet ensuite de piloter en temps réel les écarts entre besoins business et ressources internes, d’anticiper les tensions et d’éclairer les décisions de mobilité, de formation ou de recrutement.

Quelle place donner aux outils dans la SBO ? 

Les projets SBO dérivent rapidement vers des projets de maîtrise d’ouvrage de plateformes SIRH. Nombre de projets de SBO dépassent les budgets initialement prévus. Certes, les solutions technologiques innovantes se sont multipliées ces dernières années : référentiels intelligents, talent marketplaces ou encore plateformes de matching par IA. Elles sont utiles, et même nécessaires pour passer à l’échelle. Mais elles ne sont jamais le point de départ et la pensée magique n’est jamais loin. Lancer un projet SBO par un appel d’offres SIRH, c’est prendre le risque d’enfermer la réflexion dans la logique des outils avant même d’avoir clarifié les enjeux de transformation du travail, de culture et de gouvernance.

L’IA, en particulier, change la donne. Elle permet d’analyser massivement des données hétérogènes, de détecter des proximités de compétences invisibles à l’œil humain et de simuler les besoins futurs. Mais elle peut aussi enfermer l’organisation dans une définition réductrice de la compétence, où ce qui est mesuré devient ce qui compte. Le bon réflexe consiste à considérer les premiers apports des IA génératives comme des premières consolidations et non comme des outils de décision.

Notre conviction est claire : la skills-based organization réussit quand elle part d’une double promesse business et collaborateur, les outils venant dans un second temps.

Le véritable chantier des dirigeants : transformer le travail

La skills-based organization suscite aujourd’hui un engouement massif. Plus de 55 % des employeurs français déclarent avoir adopté cette approche[1]. Elle promet plus d’agilité, une meilleure allocation des talents, une mobilité facilitée.

Mais la question centrale demeure : que cherche-t-on réellement à transformer ? Si la SBO se limite à une meilleure structuration des données compétences, elle reproduira les travers des modèles précédents : une formalisation excessive et hors-sol, une vision instrumentale des collaborateurs réduits à un portefeuille de compétences désincarné.

Garantir que l’organisation dispose des compétences pour exécuter sa stratégie ne dépend donc pas du choix d’un outil ou d’un référentiel. Cela dépend de la capacité des dirigeants à faire évoluer simultanément la manière dont les projets sont organisés, la place donnée à l’apprentissage dans l’activité quotidienne et le rôle des managers comme développeurs de talents.

C’est à cette condition que la SBO cessera d’être un effet de mode pour devenir un véritable levier d’exécution stratégique.


[1] Selon l’étude HR & Payroll Pulse 2026 de SD Worx (source : Hello Workplace)


[2] https://media.learnassembly.com/fr/livre-blanc-skills-based-organization-la-culture-avant-les-outils

[3] SIRH : Système d’information des Ressources Humaines. Suite de logiciels qui centralise, organise et traite les données du personnel d’une entreprise (source : Sage)


[4]  Source : Neobrain

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