Piloter une stratégie Tech/IT dans un univers incertain : du contrôle à la capacité d’adaptation

Auteurs :

Frédéric Fontaine

Senior Partner

Guillaume de Rodellec

Directeur

Les plans IT n’ont jamais été aussi précis, ni aussi vite dépassés. En deux ans, l’IA générative, les tensions géopolitiques, la pression réglementaire et la flambée des coûts liés au cloud ont bouleversé les trajectoires.
Piloter la technologie dans l’incertitude n’est plus une question d’expertise IT, mais un choix de gouvernance d’entreprise. Le DSI n’est plus celui qui « tient le cap » : son rôle est désormais de préserver la capacité d’action de l’entreprise. Dans ce contexte, la technologie cesse d’être un instrument de contrôle pour devenir un levier de flexibilité et d’apprentissage.

La question n’est plus « comment tout prévoir ? », mais « comment décider vite sans perdre le cap ? ».

Nous vous proposons une approche en 3 leviers, emmenée par un DSI « Chief Movement Officer » :

  • une gouvernance cyclique et collective ;
  • une allocation dynamique des ressources ;
  • une planification par scénarios.
3 leviers pour piloter sans plan, mais pas sans boussole

Le schéma directeur IT traditionnel, exhaustif, rigide, étalé sur cinq ans, appartient à un autre temps. Les organisations performantes basculent vers une gouvernance adaptative, fondée sur des cycles courts : observer, décider, réallouer, recommencer.

Trois leviers structurent cette approche :

Levier 1 : une gouvernance cyclique et collective. Un Technology Steering Board, composé de la DSI, la Finance, les Métiers et les fonctions Risques, se réunit régulièrement pour revisiter la valeur des initiatives, ajuster les arbitrages et maintenir la cohérence d’ensemble.

Levier 2 : une allocation dynamique des ressources. Le budget IT est repensé en trois poches : le run, la transformation du patrimoine et une réserve d’agilité destinée à financer les opportunités ou urgences émergentes.

Levier 3 : une planification par scénarios. La DSI prépare plusieurs trajectoires − optimiste, réaliste ou contrainte − et définit à l’avance les déclencheurs de bascule. Ce qui compte n’est plus de deviner le futur, mais d’être prêt à accélérer ou ralentir au bon moment.

Exemple 1 – Un groupe de média européen : mieux choisir ses priorités pour avancer plus vite
Ce groupe a lancé plus de trente projets data et IA dans différentes directions. Résultat : moins d’un projet sur cinq passait à l’échelle, et prendre une décision d’arbitrage pouvait demander plusieurs mois.
La solution mise en œuvre a été de mieux organiser la prise de décision. L’entreprise a défini des critères clairs pour choisir ses projets − valeur attendue, niveau de risque, faisabilité − et mis en place un comité qui se réunit tous les deux mois pour arbitrer. La liste des projets actifs est désormais revue régulièrement.
En moins d’un an, le nombre de projets en cours a baissé d’environ 30 %, le taux de passage à l’échelle a doublé, et les délais de décision ont été divisés par deux.

Exemple 2 – Un acteur international du retail : reprendre le contrôle des dépenses liées au cloud
Ce distributeur voyait ses coûts liés au cloud augmenter de plus de 20 % par an, dans un contexte où la demande était très fluctuante et le budget IT dépassé quelques mois après son adoption. Les échanges entre IT et Finance se résumaient à expliquer les écarts.
La solution a été de passer à un pilotage plus souple : suivi des dépenses liées au cloud en temps réel, revues trimestrielles par entité, refacturation aux équipes métier concernées, et création d’une enveloppe budgétaire pour financer les priorités qui émergent en cours d’année.
En douze mois, la croissance des dépenses s’est stabilisée, des ressources ont pu être réallouées à de nouvelles priorités business, et les discussions budgétaires sont passées du contrôle des coûts à un véritable arbitrage collectif.

Cette gouvernance adaptative ajuste votre cap en permanence. Il oriente, il guide, mais il laisse la place au mouvement. Dans l’incertitude, le principal risque n’est pas de se tromper, mais de décider trop tard, ou de ne plus décider du tout.
Ce qui est piloté ici n’est pas la technologie elle-même, mais la capacité de l’organisation à arbitrer vite, redéployer ses ressources et rester cohérente malgré l’incertitude.

Le DSI, « Chief Movement Officer »

Dans un environnement incertain, la posture du DSI change profondément.
Il n’est plus gardien du système d’information, mais chef d’état-major du mouvement collectif, garant de la cohérence entre innovation, risque et valeur.
Pour les directions générales, l’enjeu est d’être capable d’éclairer les choix, de poser les bons arbitrages et de sécuriser les décisions dans l’incertitude.

Trois postures cohabitent, une posture réactive centrée sur la sécurisation du run et la maîtrise des coûts, une posture adaptative qui ajuste les priorités au fil des signaux du contexte, et une posture proactive qui transforme l’incertitude en avantage stratégique. C’est cette dernière qui crée de la valeur. Elle repose sur des alliances solides, entre la Tech, la Finance, les fonctions Risques et les Métiers, autour d’un langage commun, celui de la valeur.

Dans plusieurs grands groupes industriels européens, des comités de réallocation rapide ont été mis en place, capables de redéployer une part significative du budget IT en quelques semaines. Le résultat est généralement le même : plus de réactivité, moins de tensions et une crédibilité renforcée vis-à-vis du COMEX.

Concrètement, le DSI stratège questionne les priorités plutôt que de défendre un périmètre, il accepte de stopper des investissements décidés par le passé, et rend visibles les arbitrages entre vitesse, risque et valeur.  Simplification, confiance et co-développement Métier/IT deviennent des conditions de réussite. Le DSI agit alors comme catalyseur de compétences, promoteur d’une culture transverse et d’une organisation réellement apprenante.

Les directions IT avancées construisent un radar de valeur et de résilience, articulé autour de quatre dimensions : la performance pour délivrer vite et bien, la flexibilité pour pivoter sans  tomber dans les écueils, la résilience pour encaisser les chocs, l’impact pour générer une valeur mesurable et reconnue.

Mais au-delà des chiffres, la clé reste la boucle d’apprentissage. Après chaque pivot ou incident, une Strategic Learning Review analyse ce qui a permis l’adaptation et ce qui l’a ralentie.

Conclusion, transformer la volatilité en levier de choix

L’incertitude ne se combat pas, elle se pilote. Les entreprises qui s’en sortent ne sont pas celles qui planifient le mieux, mais celles qui s’ajustent le plus rapidement.
Au fond, piloter une stratégie Tech/IT aujourd’hui ne consiste plus à sécuriser un futur connu, mais à organiser la capacité collective à faire face à ce qui ne l’est pas.

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