En moins de trois ans, l’intelligence artificielle (IA) s’est imposée comme un catalyseur majeur de transformation pour l’ensemble des secteurs économiques. Si elle ouvre des perspectives technologiques inédites, son essor rapide soulève aussi un paradoxe : comment concilier ses bénéfices avec les impératifs de durabilité environnementale ?
Les impacts exacts restent difficiles à mesurer, en raison du manque de transparence des grands acteurs technologiques et de phénomènes contradictoires : explosion des usages gourmands en énergie et en eau, mais en parallèle amélioration continue de l’efficacité des modèles estimée à 40 % par an.
L’entraînement des modèles, identifié par des analyses de cycle de vie comme celle de Mistral et Carbone 4, représente la principale source d’émissions, tandis que les enjeux locaux liés à l’eau, à l’électricité ou aux infrastructures deviennent cruciaux.
Malgré ces impacts, l’IA constitue aussi un levier essentiel pour réduire la consommation de ressources et accompagner les transitions écologiques.
Trois usages concrets illustrent cette capacité :
- Dans le secteur de l’eau, la Saur utilise l’IA pour anticiper les fuites sur 270 000 km de réseaux grâce à l’outil Leakfinder et pour analyser les risques hydriques industriels via Imageo. L’objectif est de préserver une ressource dont moins de 2 % est potable, dans un contexte de stress hydrique et de sécheresses croissants.
- Dans l’énergie, l’IA devient indispensable pour gérer la flexibilité de réseaux électriques de plus en plus alimentés par des énergies renouvelables intermittentes : pilotage des arrêts/démarrages, stockage, signaux prix, coordination d’équipements connectés. Sans IA, cette orchestration serait ingérable à large échelle.
- Dans le bâtiment, Vertical SEA mobilise l’IA pour favoriser les rénovations plutôt que les reconstructions. Les modèles permettent de reconstituer la structure d’immeubles, d’identifier les travaux prioritaires et d’optimiser les interventions, réduisant volume de matériaux, coûts, délais et empreinte carbone.
Pour mettre en œuvre une IA réellement vertueuse, plusieurs pratiques structurantes émergent :
- la gouvernance, d’abord : à la Saur, les green et blue bonds engagent toutes les directions, y compris l’IT, à atteindre des objectifs de gouvernance et de sobriété hydrique et carbone ;
- la gestion de la donnée constitue un autre levier majeur : le stockage représente plus de la moitié de la consommation énergétique des data centers. D’où la nécessité de conserver uniquement les données utiles, d’améliorer leur qualité et de recourir à des solutions de stockage moins énergivores ;
- s’y ajoutent des modèles plus frugaux, reposant sur des architectures plus petites et plus optimisées, capables d’atteindre des performances comparables à celles de modèles massifs tout en consommant moins.
Les entreprises doivent également encadrer les usages, pour éviter le shadow IT, clarifier les pratiques autorisées et former les collaborateurs – par exemple, en rappelant qu’une requête ChatGPT émet dix fois plus qu’une requête Google.
Face au taux d’échec des POCs IA (près de 80 %), il devient crucial de mesurer le ROI incluant les coûts environnementaux, de prioriser les cas d’usage utiles et les plus susceptibles de passer à l’échelle, et de professionnaliser l’industrialisation.
Enfin, la transparence interne, illustrée par Vertical SEA, favorise une autorégulation efficace des pratiques IA.
Au-delà des organisations, les coalitions apparaissent essentielles pour peser face aux grands éditeurs, pour mutualiser les coûts et pour défendre la souveraineté des données et intégrer les enjeux terrains. Elles sont particulièrement nécessaires dans des secteurs comme la construction ou l’eau, où les incitations actuelles freinent la sobriété des pratiques.
En conclusion
Il ne s’agit pas d’opposer IA et durabilité, mais de construire des arbitrages éclairés, d’hybrider compétences techniques et métiers et de coopérer pour développer une IA au service du business et d’un futur responsable. C’est la conviction portée par les équipes de Kéa et Veltys.
Avec les éclairages de :
- Marie Francolin, Présidente de Saur Services et membre du Comex du Groupe Saur
- Nicolas Ledoux, Président, Vertical SEA
Cet article est la synthèse du 5è webinaire de la série organisée en décembre 2025 en parallèle de la COP 30. Ci-dessous le webinaire en podcast et en replay :