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Guillaume Bouvier Kea

Dirigeants, prenez le temps de penser... le temps !

 

 

Guillaume Bouvier, Directeur du bureau de Lyon

Le rapport au temps n’a jamais été aussi tendu : notre époque est marquée par la valorisation de l’instant, la dictature de l’urgence, le tout décuplé par les usages installés par le digital.

 

Dans ce contexte, l'entreprise, en tant qu'institution, a pour responsabilité de synchroniser les temps de chacun afin de permettre à tous de trouver des repères : l’opérateur à la journée, le chef d’équipe à la semaine, le manager intermédiaire au mois, guidé par le tableau de bord, la direction au trimestre et à l’année, pour rendre des comptes à l’actionnaire, et le conseil d’administration à 3 ou 5 ans pour penser l’avenir de l’entreprise.
Et si les dirigeants prenaient le temps de penser les temps avec lesquels composer pour réussir la transformation de leur entreprise ?

Car le temps est une donnée fondamentale du management. C'est lui qui révélera si la volonté d'un chef d'entreprise a été ou non à la hauteur de l'enjeu, lui donnant ainsi sa véritable valeur. C’est lui qui sanctionnera les bonnes ou mauvaises tendances prises par l’organisation. C’est encore lui qui structure sa propension à l’excellence.
Mais de quel temps parle-t-on en entreprise ?
 

Le temps horloger ou celui de la cadence
 

On a longtemps mis sur un piédestal un fonctionnement d’organisation mécaniste, où règne la loi des procédures : gérer la production, le commercial, l’administration, les finances au moyen de règles bien établies.
L’organisation mécaniste développe naturellement un temps horloger. Les événements s’enchaînent inlassablement dans une sorte de présent continuel, une production de série où règne la cadence. Les temps sont successifs, répétitifs et sériels. Le temps horloger, requérant incontestablement moins d’investissements en énergie humaine, a néanmoins l’inconvénient majeur de maintenir les personnalités "sociopassives" dans un état de non implication professionnelle, au détriment de l’engagement et la prise d’initiative.

 

Le temps des intérêts ou celui du nécessaire consensus
 

Il s'agit là du temps construit par les organisations individualistes qui opèrent selon un management de transaction, où les décisions sont prises par ajustements mutuels, selon les intérêts de chacun. Dans cette organisation, les acteurs réalisent que le temps est relatif, qu'il faut l'interpréter ou le réinterpréter à chaque occasion et, surtout, que chaque événement se présente comme une circonstance nouvelle, propice à l'obtention de quelques avantages personnels. Les avantages pour l'entreprise et les autres catégories sociales sont alors relayés au second plan.
Chacun tirant un peu la couverture à lui, les managers engagés dans ce mouvement n'ont d'autres ressources que d'installer un régime permanent d'ajustements mutuels où tout se négocie : les promotions, les avantages acquis, les salaires, comme la notoriété de tel ou tel.
L'inconvénient du temps des intérêts, c'est qu'il consomme beaucoup de... temps ! En discussions, réunions, notes de service, comptes rendus, souvent pour un résultat global peu convaincant pour l'entreprise.

 

Le temps divin ou celui du projet
 

À l'inverse, le temps divin est homogène, long, lent et tend vers l'absolu. Il est étroitement associé à la mise en œuvre à plus longue échéance d'un projet ou dessein. Ce temps-là éclipse le temps personnel parce qu'il accompagne une aventure collective enthousiaste. L'engouement suscité à l'occasion du lancement d'un projet est entretenu dans la durée. L'élan synergique est fort, chaque salarié engage son émotion, ses intérêts et sa vision des choses dans une aventure à long terme qui le dépasse et en laquelle il croit.
Néanmoins, le temps du divin se heurte clairement aujourd'hui au temps personnel des Français.

 

Le temps sociodynamique, un habile combinaison des temps
 

La sociodynamique a mis en évidence la richesse des trois modes d'organisation évoqués précédemment, en insistant toujours sur le fait que la performance d'une entreprise ne résulte d'aucun d'eux pris séparément, mais de leur habile combinaison.
Issu du juste équilibre entre le temps de l'horloger - facteur de stabilité et de sécurité -, le temps des intérêts - parce qu'il est aujourd'hui incontournable - et le temps divin, éternel promoteur de toute transformation, le temps sociodynamique est ressenti par tous les salariés comme fondateur de présent par anticipation du futur. De ce fait, il renforce la cohérence culturelle, la cohésion sociale et la congruence des forces de structures et de flux.
Alors, encourageons nos managers et dirigeants à conjuguer habilement ces temps pour transformer avec succès leurs entreprises !

 

Source : Acteursdeleconomie.latribune.fr