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Le secteur aéronautique doit gagner en maturité

 

Sébastien Maire, Senior Partner

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Industrie 4.0 : Kea ouvre la voie

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Ce n'est pas parce que le secteur se porte bien, que les industriels ne doivent pas se remettre en question car les défis à relever sont nombreux, en particulier ceux de la consolidation et l'internationalisation du secteur.

 

L’aéronautique civile connaît depuis plus d’une décennie une croissance double de celle de l’économie mondiale. Cette dynamique s’est poursuivie en 2017, avec des ventes dépassant le renouvellement du carnet de commande sur l’année. On ne peut plus considérer aujourd’hui le succès de l’aéronautique civile comme une "opportunité de cycle" mais bien comme une tendance durable, du fait notamment d’une robustesse basée sur cinq fondamentaux maîtrisés.

 

Tout l’enjeu du secteur est d’identifier où il en est en termes de maturité sur ces fondamentaux et où mettre le focus en 2018 pour garder sa longueur d’avance.

 

Cependant, sur trois de ces fondamentaux, l’aéronautique civile connaît un bon niveau de maturité :

 

Sa politique produit est dynamique et raisonnée

Après les « coups » des décideurs éclairés des décennies précédentes (Concorder, B747, A380…), les grands avionneurs et équipementiers voient leur politique produit atteindre une certaine maturité. C’est pourquoi ils font désormais « vivre les produits » suivant une politique dynamique mais prudente. L’éventail de moteurs, équipements et plateformes couvre désormais tous les segments de marché à potentiel, et les industriels doivent à présent les faire vivre par des dérivés et de l’innovation incrémentale… à l’image de leurs cousins de l’automobile, qui ont fait de la gestion du cycle de vie des véhicules une clef de leur réussite.
 

Son approche client segmentée est de plus en plus éclairée par une véritable démarche marketing

Les clients de l’aéronautique civile se sont diversifiés. Ils sont désormais aussi bien les compagnies aériennes que les investisseurs, les loueurs, et même les passagers. Aussi, le secteur se doit d’avoir une vraie approche « industrielle » de la relation client, pour prendre en compte leurs préoccupations et les placer au cœur des démarches marketing. Force est de constater que désormais, celles-ci n’ont rien à envier à ce que les grandes marques savent déployer. Un exemple : les avionneurs et autres aménageurs de cabines connaissent mieux le marché du bagage cabine que les fabricants de valises eux-mêmes !
 

Un engagement constant dans l’innovation et la préparation du futur

De fait, l’innovation joue un rôle central dans l’industrie aéronautique : elle génère des progrès dans la continuité, tout comme elle est à l’origine de ruptures fondamentales. D’une manière générale, la tendance est au « test and learn », et on constate très clairement un coup d’arrêt donné sur les innovations qui ne fonctionnent pas (c’est le cas d’Airbus avec l’e-Fan), pour se concentrer sur les innovations les plus porteuses.

Ainsi, l’impression 3D, avec la technique de l’ALM, commence à bousculer sérieusement les dogmes et le recours au digital se généralise : que ce soit pour l’accélération de la conception, la qualité de la fabrication ou l’optimisation des conditions opérationnelles. Les « usines du futur » se révèlent sur le territoire. Cette révolution prévoit que 40% des emplois sont en cours de réinvention, ce qui va faire bouger les lignes en termes de modèle de management pour promouvoir une véritable culture digitale au sein de l’entreprise.

Au-delà de ces bases fortes que le secteur doit consolider, 2 challenges se présentent à l’industrie aéronautique civile pour poursuivre son essor :
 

La nécessaire accélération de la consolidation du secteur

Longtemps présentés – à juste titre – comme très fragmentés, les acteurs s’organisent progressivement. L’année 2017 a vu émerger des mastodontes, dont l’annonce a même impressionné Airbus ou Boeing : ce fut le cas pour les groupes Safran et UTC qui ont chacun réalisé des acquisitions significatives, celles de Zodiac et de Rockwell Collins. Et on attend d’autres consolidations pour 2018, notamment pour ce qui concerne les aérostructures ou les matériaux de demain.

En parallèle, il est à noter une difficile émergence des challengers et des nouveaux entrants, qui vivent pour certains une montée en puissance chaotique. Les premiers vols du C919 sont réussis, mais on peut s’inquiéter du calendrier réel qui conduira à l’entrée en service, tout comme de la robustesse du carnet de commande. De son côté, Bombardier a préféré une alliance avec Airbus pour le programme C-Series.
 

Le défi de l’internationalisation

Le challenge le plus immédiat reste celui de l’internationalisation et, sur ce sujet, les acteurs industriels qui veulent compter vont devoir plus que jamais être « multidomestiques ». Alors que jusque-là l’aéronautique fonctionnait sur le principe des marchés de compensation, c’est-à-dire via l’importation de marchandises en contrepartie de biens, les acheteurs sont aujourd’hui plus exigeants et souhaitent profiter des commandes pour développer l’activité et le savoir-faire sur leur sol.

Cela implique aux industriels de développer leurs bases hors des frontières traditionnelles. Sur ce sujet, les difficultés sur le financement et l’accompagnement juridique s’avèrent souvent encore un obstacle majeur, mais la multidomesticité sera de toute évidence de plus en plus courante chez les industriels dans les années à venir.

In fine, l’aéronautique civile est déjà mature sur 3 de ses 5 fondamentaux : le produit, le client et le processus d’innovation. Sur ceux-ci, elle doit donc consolider les bases, poursuivre la tendance et faire vivre l’existant. Cependant, pour rester dans sa dynamique de croissance, 2 chantiers sont prioritaires : la structuration du secteur et l’internationalisation. C’est à cette condition qu’elle pourra poursuivre sa croissance et se développer dans la durée. 
 

Tribune parue dans L'Usine Nouvelle le dimanche 4 février 2018.